Le magazine des accessoires de mode

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Accessoires textiles, Bijoux, Chaussures, Maroquinerie

Baromètre détaillants

Les multimarques sont-ils prêts à vendre des accessoires d’occasion ?

Aussi rapide que la fast fashion, aussi dérangeant que l’e-commerce, aussi violent qu’un projet de décélération dans un système basé sur la croissance économique, la tendance « seconde main » modifie les habitudes du marché. Aïe.

« Ce marché, estimé à un milliard d’euros en France pour la mode et les accessoires, pourrait doubler dans les dix ans », (Les Échos) ; « 40 % des Français ont acheté un article de seconde main » (IFM) ; « les sacs à main griffés d’occasion sont extrêmement populaires, ils constituent un premier achat haut de gamme. Les maisons de luxe ont intérêt à participer à sa croissance » (Boston Consulting Group). En 2019, de nombreuses études ont constaté l’essor de ce secteur d’activité, qui a dépassé le cadre étriqué des dépôts-ventes pour se développer sur la toile : Vinted, Vide DressingStockX (baskets), Rebag (sacs), Chrono24 (montres)… Les success stories s’enchaînent, tandis que les boutiques Vintage, une appellation plus glamour que « d’occasion », se multiplient : Mad Vintage, Tilt Vintage

La revente serait-elle LA solution pour faire revenir les consommateurs en boutique ? Possible, car elle répond à de nouveaux critères d’achat : la volonté de préserver l’environnement en limitant la production ; l’adaptation à la baisse du panier moyen ; l’envie de se distinguer avec des pièces uniques, voire originales ; enfin, plus empiriquement, le désir de remplacer l’obsolescence de notre société de consommation par un monde soutenable… […]

Par Florence Julienne

 Chausseurs 

M. Reberat
Boutique2Mode

« Je n’envisage pas de proposer des chaussures d’occasion. Nous n’avons pas tous la même position d’appui, ni les mêmes empreintes au sol… Il faudrait remettre en état les semelles de propreté et celles d’usure. Economiquement, ça n’en vaudrait pas la peine. Si on a trop de chaussures, commençons par en donner à ceux qui n’ont rien via des associations comme Emmaüs ou le Secours Populaire ».

 Prêt-à-porter 

Pauline Bruley, responsable communication
Kiliwatch

« Depuis 1996, notre boutique de 600 m2 offre une nouvelle vie aux vêtements et accessoires d’occasion. A l’entrée, se trouve un espace éphémère, dit pop-up, où le neuf et le vintage/seconde main sont mélangés. Au centre, les produits nouveaux et les anciens sont disposés de part et d’autre. Nous sourçons chez les Chiffonniers d’Eureka Fripe, des chasseurs de fripes qui sillonnent le monde entier pour rapatrier les articles dans nos hangars de Rouen, où des équipes sont chargées de faire un colossal travail de nettoyage et de tri par thématiques, qualités, saisons… Par ailleurs, nous distribuons Kiliwatch Collect.or dont la spécificité est l’upcycling : des pièces récupérées, retravaillées et remises au goût du jour. La seconde main génère le flux en boutique. Les amateurs apprécient le prix et le caractère exclusif. Ils veulent posséder un accessoire unique, sont conscients de l’impact environnemental de l’industrie de la fast fashion et souhaitent consommer mieux. Les autres se déplacent pour notre sélection de marques (Bleu de Chauffe, Cabaïa, Eastpak, Master Piece, Misericordia, Rains, Saint James…) qui, sont pour la plupart, engagées dans une démarche éthique et environnementale. Certains clients viennent, de prime abord, pour acheter des pièces neuves, sont curieux de notre offre vintage et repartent avec un panier mixte. L’inverse est moins courant. Les accessoires les plus vendus sont les foulards, griffés ou non, particulièrement appréciés pour leurs imprimés, commercialisés entre 10 (pour les bandanas) et 120 €. En second, viennent les petits sacs à main, sacoches et minaudières en cuir (de 20 à 40 €). Puis les baskets, comme les Converse Vintage, et les bottes (environ 39 €) ».

 Bijouteries 

Laurent Barrier
Barrier Joaillier

« Jusqu’en 2017, nous rangions nos montres d’occasion dans nos placards et les présentions à la demande. Puis, nous les avons installées dans une vitrine spéciale. En septembre 2018, nous avons inauguré, au 131 rue de Vaugirard (Paris 15e), une boutique de 25 m2 dédiée. Les avantages sont de deux natures. D’une part, la vente de seconde main nous permet de continuer à satisfaire la demande, car les clients nous réclament des marques haut de gamme (Blancpain, Breguet, Cartier, Chopard, Glashütte, Jaeger-Lecoutre, Panerai, Piaget, Rolex…). D’autant que celles-ci ont tendance à vouloir sortir du réseau des bijoutiers joailliers pour ouvrir leurs propres boutiques, comme Audemars Piguet qui a choisi de nous retirer ses montres, il y a un an et demi. D’autre part, cette activité fidélise notre clientèle. En rachetant leurs anciens modèles, nous les invitons à s’en offrir des nouveaux. Mais attention, c’est un autre métier ! En fonction de l’ancienneté et de l’état, des indicateurs sur le Net peuvent renseigner… mais, en réalité, il faut une bonne connaissance du marché. Par ailleurs, je dispose d’un atelier avec deux horlogers pour effectuer les réparations nécessaires ».

 Concept store 

Sophie Bocquet, directrice
Citadium

« Nous avons commencé à vendre de la seconde main, avec Tilt Vintage, dans le magasin d’Havre Caumartin pour les fêtes de fin d’année 2011/2012. Nous avions conscience que les jeunes, toutes générations confondues, apprécient la fripe. A cette époque, ce n’était déjà pas seulement une question de prix, mais d’écoresponsabilité, de développement durable… Cette opération a tout de suite plu. De fait, nous avons poursuivi et lorsque nous avons ouvert de nouveaux magasins à Lyon, Marseille, Bordeaux…, nous y avons implanté la marque. Nous la considérons comme telle, car c’est une sélection de produits. Nous avons démarré avec une offre classique puis avons évolué vers du streetwear griffé (Nike, Levis, Champion, Fila…). En général, Tilt Vintage mixe des modèles d’occasion et actuels, qui ont un esprit vintage. C’est particulièrement vrai pour les accessoires : les lunettes, notre best-seller, les chapeaux (bérets, capelines, bobs…) et les bananes. Nous vendons peu de sacs car nous ne référençons pas le luxe. Il est impossible de savoir si un produit a déjà été porté. Les articles arrivent principalement des États-Unis, les meilleurs vont dans des boutiques comme les nôtres, d’autres sont vendus au poids ou recyclés en tissus parce que trop abîmés pour resservir. Aujourd’hui, la seconde main fait partie d’une nouvelle façon de consommer. Je ne suis pas certaine que les clients viennent chez nous pour la friperie. En revanche, ils adorent fouiller dans cet espace, qui occupe 10 % du concept store parisien, et peuvent très bien acheter du neuf ou de l’ancien. La seconde main ne représente pas des sommes considérables, mais le montant progresse chaque année. Du coup, nous faisons entrer de nouveaux labels : Tony la Fripe, Kiliwatch Collector… et nous réfléchissons à développer l’upcycling ».

 Maroquineries 

Françoise Hilson
Maroquinerie Willems Mattagne

« Je ne suis pas insensible à l’éventualité d’ouvrir un second magasin destiné aux produits d’occasion. Là où sont disposés les bagages et articles business, nous avons de la place. Nous pourrions y installer un corner dédié. C’est une façon de recycler. Nous ne prendrions que des articles en cuir ou des marques. La personne qui nous déposerait et vendrait son sac bénéficierait d’un bon d’achat sur des modèles neufs. Grâce à notre atelier de rénovation, nous pourrions donner une seconde jeunesse aux articles et offrir à la clientèle un service après-vente avec, par exemple, un mois de garantie. Nous devons également réfléchir au prix de vente. Comment estimer la valeur d’un modèle ? Il faudrait sans doute partir du prix de départ, le diviser par 2 parce qu’il a déjà été porté et, enfin, fixer des critères de vétusté. Le but de cette démarche serait d’attirer les 30/35 ans qui sont dans un « mood bobo vegan ». C’est une clientèle que je n’aurais, de toute façon, pas eue car elle ne souhaite pas dépenser plus de 100 € ».

Pour lire l’intégralité de cet article paru dans notre édition Papier, numéro 184 de Janvier/Février 2020,
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