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Chaussures, Maroquinerie

Sustainable Leather Forum


La filière cuir
communique sur ses actions et bien-fondés

Le 16 septembre 2019, le Conseil National du Cuir a organisé un forum inédit pour donner la parole à la filière et témoigner de ses bonnes pratiques en termes de responsabilité sociale et environnementale.

Propos recueillis par Florence Julienne

Beaucoup de gens se posent des questions, voire portent des accusations, sur les acteurs du secteur cuir. Ces commentaires apparaissent sur les réseaux sociaux, dans certains médias et finissent chez les détaillants, tenus de renseigner leur clientèle. « Les notions d’éthique, de traçabilité, de bien-être animal, de respect de l’environnement sont aujourd’hui très présentes dans l’opinion publique, reconnaît Franck Boehly, président du Conseil National du Cuir. Afin d’apporter des réponses concrètes, partager entre professionnels les bons exemples de RSE ou pointer du doigt les nécessaires améliorations, le Conseil National du Cuir (CNC) a organisé son premier Sustainable Leather Forum, Forum du Cuir Durable en français (c’est étonnant de lui avoir donné un nom anglais). Il a réuni quelque 200 participants, représentant 130 000 salariés. Les échanges furent assez techniques et parfois obscurs.

Ainsi, bien que présents sur place, nous avons demandé au CNC et au CTC (Comité Professionnel de Développement Économique Chaussure, Maroquinerie, Ganterie) de transcrire, en langage simple, ce qui est ressorti des principaux points abordés. Ces premiers éléments de réponse montrent que la profession agit en respect de la législation et se fixe elle-même des cadres pour optimiser sa RSE. Nous aurons sans doute l’occasion de revenir sur les dispositifs qui bordent la profession, lors de la seconde édition de ce Forum dont la date n’est pas encore avancée.

A propos de la pollution

Quelles réponses ont apporté les professionnels, présents au Sustainable Leather Forum, à la prise de conscience environnementale ?
La tannerie-mégisserie est une industrie moderne qui intègre depuis longtemps les normes environnementales. Elle a mis en place une politique de développement durable : gestion des déchets, de l’eau, de l’air et des produits chimiques. Les installations classées des entreprises françaises sont soumises à la législation française et européenne pour la protection de l’environnement et la directive européenne sur les émissions industrielles. Chacune d’elles est contrôlée régulièrement par les DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement).

Comment s’effectue le contrôle des cuirs et des articles en cuir ?
Il est à la charge de la DDPP (Direction Départementale de la Protection des Populations) qui dépend de la DGCCRF (Direction Générale de la Consommation, de la Concurrence et de la Répression des Fraudes). La qualité des peaux brutes françaises résulte de l’organisation de la filière et d’un savoir-faire historique en permanente évolution.

Quid du procès fait au chrome ? Nocif ou pas ?
Le chrome III, utilisé dans la fabrication du cuir et des articles en cuir, est totalement inoffensif. Il ne doit pas être confondu avec le chrome VI, qui peut apparaître dans certains produits finis lorsque le processus de tannage est mal maîtrisé et a été reconnu allergène pour environ 4 personnes sur 100 000. Le tannage au chrome consiste à dissoudre le sulfate de chrome dans de l’eau, puis à le faire pénétrer dans la peau sous agitation dans un foulon. Au niveau mondial, plus de 80 % de l’ensemble des cuirs sont tannés selon cette méthode. L’intérêt du procédé est multiple : outre sa rapidité (24 heures maximum), sa simplicité, sa polyvalence et son coût moindre (comparé aux autres méthodes), ce type de tannage permet d’obtenir des cuirs très résistants mécaniquement, thermiquement, ainsi qu’un vaste panel de caractéristiques souhaitées (plus ou moins de souplesse, par exemple).

Pour en savoir plus sur ce sujet, regardez la vidéo :

Vous expliquez très bien l’innocuité pour l’individu du chrome III. Mais quid de l’environnement ? En vérité, c’est le sujet du recyclage des eaux polluées qui pose question…
De manière à respecter l’Arrêté Ministériel du 2 février 1998 sur les émissions de toutes natures, nos industriels ont mis en place des systèmes de traitement des effluents, leur permettant d’être conformes aux seuils de rejets en chrome. Il s’agit principalement d’une série de traitements comprenant un dégrillage, traitement physico-chimique et biologique. Chaque tannerie française classée reçoit son propre arrêté préfectoral qui fixe les paramètres et seuils à contrôler dans ses rejets. Pour faire simple et synthétique, cette réglementation peut évoluer dans le temps via, par exemple, des démarches de type RSDE issue de la Directive Cadre sur l’Eau. La DCE fixe des objectifs pour la préservation et la restauration de l’état des eaux superficielles (eaux douces et eaux côtières) et pour les eaux souterraines. L’objectif général est d’atteindre « le bon état des différents milieux » sur tout le territoire européen.

Quid des tanins naturels  ?
Le tannage végétal, qui représente environ 10 % de la production mondiale de cuirs, est l’une des formes les plus anciennes de la fabrication, en raison de l’abondance et de la diversité des matières tannantes issues du végétal. Les extraits peuvent être réalisésà partir de feuilles, écorces, racines ou fruits. Puis ils font l’objet de modifications chimiques afin d’améliorer leur réactivité (astringence) et augmenter leur solubilité. Ils permettent d’obtenir non seulement des cuirs épais et très denses, mais aussi des matériaux plus souples utilisables en maroquinerie principalement, où le caractère végétal (couleur marron clair) est associé à une image « naturelle».

Quelles sont les modifications chimiques apportées au tannage végétal ?
Chaque fournisseur de produits chimiques possède ses propres spécificités. Elles ne sont pas nécessairement connues.

A propos de la RSE

Pouvez-vous nous citer quelques bons exemples de RSE dans la chaussure ?
• La charte Innoshoe a été créée pour garantir la sécurité chimique des chaussures produites par les entreprises qui en sont signataires. Elle est le fruit d’une démarche volontaire et collective d’un groupe d’industriels de la chaussure des Pays de La Loire avec le concours du CTC, le soutien financier de la région et celui de la Fédération Française de la Chaussure (FFC). Son objectif est de fixer un cadre méthodologique aux industriels de la chaussure, leur permettant d’assurer un niveau de sécurité chimique raisonné de leur production.
• Pour assurer l’authenticité et la provenance du cuir, le décret n°2010-29 du 8 janvier 2010 protège les appellations, comme la norme ISO 9001 (management de la qualité), présentée par Gaston Mille, fabricant de chaussures de sécurité dans le Vaucluse. Elle garantit le Made in France sur 80 % de sa fabrication.
• Le projet Thermicuir, conduit par CTC en partenariat avec ECO TLC, vise à produire de l’énergie avec du cuir de chaussures usagées ou des chutes issues de la phase de production.
• Enfin, l’enseigne Bocage du groupe Eram, leader de la chaussure en France, a mis en place un système de location de produits nommé L’Atelier Bocage : les femmes peuvent louer et retourner leurs paires de chaussures en magasin. Elles seront remises en état avant d’être louées à nouveau.

Pour en savoir plus sur ce sujet, regardez la vidéo :

Quid des bons exemples de responsabilité sociale dans la maroquinerie ?
Le secteur de la Maroquinerie est celui qui recrute le plus. Il a besoin de personnel qualifié. Bon nombre d’entreprises font de la formation en interne et ont même ouvert des écoles. Au programme : l’amélioration des conditions de travail des salariés en réduisant les troubles musculo-squelettiques (TMS) ; la conduite d’une politique sociale (installation de crèches, salles de sport…) ; ou encore l’ancrage territorial des entreprises qui, en s’installant dans des régions de France, participent au développement de l’économie locale.

Pour en savoir plus sur ce sujet, regardez la vidéo :

A propos du bien être animal

Que pouvez-vous nous dire sur la façon dont sont traités les animaux ?
Les éleveurs français sont très attentifs aux soins donnés à l’animal : alimentation, vaccinations, hygiène, qualité des équipements, respect de l’animal. Le Syndicat Général des Cuirs et Peaux édite d’ailleurs un guide des bonnes pratiques à destination des éleveurs, des abattoirs et des jeunes en formation. Il en résulte le respect du bien-être animal et des peaux de qualité. 

De nombreuses vidéos ont circulé sur l’abattage en France. Elles ont contribué à un désaveu de la consommation de viande…
La formation du personnel à la bientraitance animale au sein des abattoirs est une obligation. La filière cuir française est à la recherche de meilleurs choix de peaux. Elle s’organise pour améliorer la part de ces premiers choix avec notamment la mise en place de la traçabilité individuelle des peaux de l’élevage jusqu’à la tannerie. En d’autres termes, faire mieux et plus avec moins de bêtes !